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La lutte des Tibétaines en exil

J'ai rencontré en novembre 2005 B. Tsering Yeshi, la Présidente de l'Association des Femmes Tibétaines Tibetan Women's Association, à Dharmashala dans le nord de l'Inde, où se sont installés depuis 1961 le Dalaï lama, le gouvernement tibétain en exil ainsi qu'une vaste communauté tibétaine. L’association est née d’une manifestation pacifique de femmes à Lhassa en 1959, après laquelle la plupart furent emprisonnées et torturées. Réapparue en 1984 à Dharamshala grâce à l’énergie et à la détermination de Tibétaines, TWA n’a pas cessé de se battre pour faire prendre conscience au monde de la situation dramatique que vit le Tibet. 11 ans plus tôt j'avais traduit pour cette association  des documents à destination des touristes français. Le bureau est élu et renouvelé tous les 3 ans. Il règne dans l’office de Dharamshala une ambiance chaleureuse même si les actions et les combats de l'association sont multiples et rudes.
Sur les murs du bureau, des affiches pour le boycottage des produits chinois, d'autres pour le soutien du Panchen Lama, reconnu par le Dalaï Lama comme étant la réincarnation de Panchen Rinpoche qui fut enlevé par les Chinois et dont on a pas de nouvelles depuis 1995.
Ce matin ensoleillé de novembre B. Tsering  Yeshi arrive avec son petit fils dans les bras. Il vient de naître une semaine plus tôt. Elle rayonne de joie, la vie continue. Dans son bureau,  derrière elle, une grande photo du Dalaï lama.
Née en 1954 au Tibet à Kongpo, une très belle région, prisée par les dirigeants chinois pour s’y installer, elle quitte son pays avec sa famille en 1961 pour le sud de l'Inde. Elle y poursuit sa scolarité et commence des études supérieures en botanique. Elle enseigne longuement et à plusieurs reprises dans sa vie à TCV School (Tibetan Children Village).
L'éducation et l’enseignement auprès des enfants tibétains sont absolument essentiels à la survie de la culture tibétaine et c’est dans cette voie que  B.Tsering  Yeshi s’est investi toute sa vie.
Elle part en 1997 aux Etats-Unis pour préparer et soutenir son Doctorat de Botanique. Elle reçoit là bas une grande attention de la part de ses enseignants, une telle chose n'aurait pas été possible en Inde, m'avoue t-elle. A son retour, elle travaille au département de l'éducation du gouvernement en exil.
En 1994, elle devient pour la 1ère fois Présidente de TWA. Elle est élue à nouveau en 2003 pour 3 ans. B. Tsering  Yeshi m'apprend qu'une semaine plus tôt un moine s’est suicidé, forcé par les Chinois à renier le Dalaï Lama. De telles pressions sont toujours courantes au Tibet, la religion est toujours réprimée, même si les Chinois présentent aujourd'hui une tolérance de façade, puisqu'ils ne peuvent plus cacher aux yeux du monde tous leurs méfaits contre les Tibétains. Sous prétexte d'hygiène infantile, le gouvernement chinois encourage très vivement les tibétaines à accoucher à l'hôpital, mais, une fois sur place, on leur injecte des produits qui ont pour résultat qu'elles accouchent d'enfants morts nés.
Il faut savoir que c’est le Tibet qui détient le triste record de la plus haute mortalité infantile au monde ! La politique chinoise de contrôle des naissances sur les Tibétaines donne lieu systématiquement à des avortements et des stérilisations, parfois sans anesthésiants comme en a témoigné le Docteur Tashi Dolma, qui a été avortée et stérilisée. Elle n’est pas la seule à avoir subi ce sort. Une Tibétaine peut avoir un enfant 4 ans et demi après son mariage, mais si elle se trouve enceinte avant ce délai légal, elle est avortée de force puis stérilisée.L’éducation est sous contrôle de l'occupant. Au-delà des petites classes, il faut apprendre le chinois. La langue  tibétaine, de moins en moins enseignée aux jeunes est en voie de disparaître à moyen terme et rares sont les enfants tibétains à bénéficier d’une éducation scolaire normale. Ceux qui y ont accès sont les enfants de Tibétains qui travaillent pour les hauts dirigeants Chinois.
Le gouvernement chinois continue de déplacer au Tibet des villages entiers de Chinois, en général très pauvres auxquelles il fait miroiter des avantages économiques. Ils  sont aujourd’hui plus nombreux au Tibet que les Tibétains eux-mêmes : 7,5 millions de Chinois pour 6 millions de Tibétains. La population tibétaine se transforme, elle perd ses traditions, ses particularismes pour intégrer très lentement mais sûrement de nouveaux comportements sociaux et culturels.
Pour TWA, établir un contact privilégié avec les tibétains au Tibet n'est même pas envisageable. Les médias et internet en particulier sont entièrement contrôlés par l’armée et l’espionnage chinois.
Toute mise en avant d’une appartenance nationale ou de l’expression d’une identité tibétaine est immédiatement réprimée avec violence puisque toute expression religieuse, nationale ou politique qui vient contredire l’idéologie officielle est illégale et donc sévèrement réprimée : les tortures, les emprisonnements sans procès font légion.
Chaque année, environ 4000 nouveaux réfugiés cherchent à fuir le pays et se lancent à leur risques et périls dans un dangereux périple à travers l’Himalaya pour rejoindre l’Inde.
Par ailleurs, la Chine mène toujours une politique de destruction écologique, utilisant les espaces vierges comme dépotoirs pour leurs déchets nucléaires, et pour placer des armes nucléaires. Les rivières sont polluées avec les rejets industriels, et les forêts sont abattues et le bois exporté en Chine continentale…Les montagnes qui regorgent de richesses naturelles (minerais, or, argent, uranium…), les sols très riches en charbon en certains endroits sont exploités, et tout ce trafic produit une pollution des eaux aux conséquences écologiques pour le Tibet mais aussi pour tous les pays limitrophes qui reçoivent des affluents, sans précédent.Dans ce contexte plus qu’alarmant, les domaines d'intervention de Tibetan Women's  Association sont très vaste : campagnes d’information  et sensibilisation du public en Inde et dans le monde, soutien aux nécessiteux, organisation de manifestations culturelles, religieuses, actions éducationnelles, environnementales…Le bureau se rend régulièrement dans le sud de l’Inde pour informer des Tibétaines et les encourager à poursuivre les actions menées par l’Association. L’association distribue notamment des aides sociales aux femmes en difficulté, aux personnes âgées et aux enfants. Elle œuvre pour l’amélioration de la place des femmes dans la société et fait notamment travailler des femmes dans un atelier de couture Stitches of Tibet (coutures du Tibet) à Dharamshala. Une des secrétaire du bureau de TWA nous y mène le matin suivant, sur la route du Temple du Dalaï Lama. Il faut monter un escalier très vertical pour atteindre l’atelier. Dans une grande pièce,  une dizaine de femmes en difficulté y apprend le métier de couturière et reçoit également une culture générale, les bases de l'anglais, et de l'hygiène. Il règne dans l'atelier une ambiance douce de bonne humeur, de gaieté, chacune a sa tâche et l'enseignante intervient dès que le besoin s'en fait sentir. Ces femmes travaillent en plaisantant, l’ambiance est très familiale et à les voir et les entendre, j’ai du mal à imaginer ce que certaines ont pu vivre ou subir au Tibet et en tant que réfugiée en Inde, sans ressource. La production de l'atelier est vendue dans un magasin qui emploie deux autres femmes. TWA leur verse un salaire pendant un an, après quoi elles peuvent s'acheter leur propre machine à coudre et travailler chez elles. L'insertion sociale des femmes passe  aussi par un travail autonome à domicile, contribuant ainsi à préserver la cellule familiale, base de la société pour les tibétains, et à apporter un salaire supplémentaire au foyer. L'idée d'autonomie est très développée chez les Tibétains. Leur situation de réfugiés politiques en Inde et à l'étranger d'un pays qui connaît un génocide humain et culturel, les conduit à ne compter que sur eux mêmes et à faire de leur autonomie économique la base de leur liberté. L’association Tibetan Women’s Association est relayée aujourd’hui par 37 bureaux dans le monde (la plupart en Inde et au Népal) qui diffusent l’information et les différentes actions à mener dans le monde entier.
Combien de temps encore les états démocratiques dits « éclairés »  sous couvert d’intérêts et de stratégies purement économiques vont-ils encore laisser le gouvernement chinois spolier et détruire les richesses de ce pays, et combien de temps encore, vont-ils assister en direct au génocide du peuple tibétain sans réagir?

Pour toute information supplémentaire et tout soutien financier à la cause des femmes et du peuple Tibétain : www.tibetanwomen.org et www.tibet.com
Tibetan Women’s Association : Bhagsunag Road  P.O. Mcleod Ganj 176219 Dharamshala, Distt. Kangra (HP) India.

Virginie Hanet

 
 
 
 
 
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